Le réveil sonne. Encore un matin de semaine pressé. Je me retourne. Tiens, encore la petite dernière qui s’est incrustée dans mon lit durant la nuit. Je suis trop crevé pour m’en rendre compte.

— Debout, cocotte !

Ça promet d’être un combat, comme tous les matins.

— Laisse-moi tranquille, va-t’en !

Éh, je suis dans MON lit !

Après quelques minutes de lutte acharnée et m’être habillé, je réussis à la faire descendre. Ma conjointe est déjà en bas. Le café est prêt. Moi, pas du tout.

Ma deuxième fille est là, en train de s’habiller. J’essaie de faire de même avec la petite, tout en la coiffant. Ma conjointe prépare le déjeuner de la plus grande, qui part en crise parce qu’aujourd’hui, elle refuse de porter des jeans.

De mon côté, j’ai réussi à coiffer la petite. Victoire ! Elle est assise à table, je lui demande ce qu’elle veut manger. Elle ne sait pas. L’heure tourne. Je récite la liste des options de déjeuner comme un serveur de fast-food sous pression. Elle opte pour un gruau instant aux pommes. Je prépare le tout.

Côté jeans, le débat semble clos. Ma conjointe a gagné. Ou alors, un legging a été accepté en guise de compromis. La miss sans jeans se fait à déjeuner, pendant que les deux petites s’obstinent à la table. Le gruau est prêt. La petite n’en veut plus. Elle n’a « jamais » demandé ça, selon elle. Il est à peine 6h45. Ouf.

Ma conjointe propose un smoothie. Vote à l’unanimité, le blender est en marche. C’est officiel, on est dans un bar à jus à cette heure-ci.

Les deux grands se lèvent, ce qui n’aide pas à la gestion du temps. Mon fils de 16 ans, version TDAH activée, déboule dans le salon en pyjama, cellulaire en main, yeux à moitié collés.

— Maman, c’est quoi mon ensemble de vêtement aujourd’hui ?

Sa question se perd dans le chaos du matin.

Cinq minutes plus tard, ma conjointe éclate de rire en le voyant affublé des vêtements de son frère de 14 ans. Un grand moment de mode.

De l’autre côté, la tension monte. Vite, brossage de dents. L’autobus passe bientôt et il est hors de question de démarrer la voiture pour sauver un retardataire. La plus jeune exige sa « bonne » sorte de dentifrice, sinon crise garantie. Timing trop serré.

Celui de 14 ans déjeune en toute autonomie. Suspect. Trop suspect. Presque louche.

Celui de 16 ans est à la table, devant le journal, un muffin dans une main, son cellulaire dans l’autre, sans savoir lequel attaquer en premier.

La grande met son manteau et ses chaussures, puis sort sur le balcon.

— Grouille-toi le derrière ! lance-t-elle à sa petite sœur.

— J’ai pas d’ordre à recevoir de toi !

S’ensuit une scène de bottes mal attachées, de manteau à l’envers et de sac d’école oublié. Mais mission réussie, deux enfants en route.

Il est à peine 7h25. Allez, plus quelques un à expédier.

Celui de 14 ans a terminé. Sa vaisselle est nettoyée, ses dents sont brossées, son sac d’école est prêt. Celui-là a certainement quelque chose à demander ou à se faire pardonner.

Celui de 16 ? Il est toujours à table, le nez dans le journal. Je dois régulièrement lui répéter de le laisser, voire carrément lui arracher des mains. Même chose pour son cellulaire.

  • Concentre-toi sur deux choses ! Ton muffin et ton verre de lait ! Vous partez prendre le bus à 8h20 !
  • Oui, papa !

Ma conjointe s’active déjà à d’autres corvées : la lessive, le repas du midi. Moi, j’essaie de déjeuner. Je réchauffe mon café au micro-ondes. Mon garçon de 14 ans, lui, en profite pour regarder ses dessins animés. Pas de souci, il est prêt. Sauf que… c’est une nouvelle distraction pour mon TDAH de 16 ans, qui a mangé une seule bouchée de son muffin en dix minutes. Il est maintenant 8h10.

J’ai un énorme sentiment d’urgence qui me monte au nez… mais lui ? Rien. Alors, je mets la pression. Il me jure qu’il se dépêche. Seigneur… je ne veux SURTOUT pas le voir prendre son temps, je ne suis pas sûr d’avoir assez d’années à vivre pour ça.

Son frère se lève, lui rappelle qu’ils partent bientôt. Miracle, il met la vaisselle dans l’évier (bien sûr, pas dans le lave-vaisselle, ce serait trop demandé), brosse ses dents et se prépare à la vitesse d’un paresseux en hibernation. Ils finissent par partir JUSTE à temps.

Je pousse un profond soupir. Je nettoie son verre et son bol, réchauffe mon café et prends enfin mon journal. Un peu de calme… mais je sais que ce n’est que de courte durée.

Trente minutes plus tard, mon cellulaire se met à sonner. L’école secondaire. Nouveau soupir. Je décroche.

  • Allô ?
  • Papa ? C’est mon fils de 16 ans.
  • Oui ?
  • Est-ce que tu pourrais m’apporter mes vêtements d’éducation physique ?

Bien sûr, mon chéri. Et tant qu’à faire, veux-tu que je te livre un déjeuner cinq étoiles avec ça ?

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